J'en parlais encore il y a peu à quelques bons amis qui m'accompagnent encore au travers de vastes plaines. Mais avant d'entrer dans le sujet, j'aimerais tout d'abord expliquer en quelques points le problème relatif, ou la relativité du problème, qui nous concerne aujourd'hui. Je dis « nous » en parlant d'une certaine quantité aléatoire de représentants, plus ou moins humanoïdes, formant un agréable groupe que l'on rencontre dans certains endroits, mais j'y reviendrais.
Malgré l'outrant ulcère qui me brise encore les côtes, méprisante séquelle d'un malaise fulgurant provoqué par le visionnage intensif de plusieurs émissions, dites, de variété, apportant chacune une pierre de plus à un édifice boueux et construit sur l'audimat. Je me suis permis et avec tout le zèle qui m'est accordé par la liberté d'expression de planifier ici ce qui me tient à c½ur, un fléau plus grand encore que la peste noire de Marseille (les rats et les puces s'en souviennent). On en parle, gaiement ou sinistrement, de plus en plus en nos contrées se profile à l'horizon la terrible menace pré-pubère aux yeux exorbités, l'idylle permanent de la virtualité et du cas social profond, beaucoup le craignent, d'autres l'acclament, oui, je veux bien sûr parler du cyberdépendant.
Un mot peu ordinaire et qui semble tout droit ressurgir avec force et vigueur de nos inoubliables lectures d'une science fiction ringarde ou, pour sauver le monde d'un terrible virus informatique, un blade runner devait rejoindre Coruscant et retrouver l'élu afin de détruire la Matrice, ou une quelconque histoire dans le genre. Mais aujourd'hui cette lointaine réalité qui avait comme but de nous faire chaque soir penser avec effroi à des jours sinistres où, dans sa grande folie technologique, l'humanité devait s'enfourner afin de réduire en esclaves les jeunes innocents dans la grande machine broyeuse d'une société électronique. Que de peur et de rage accompagne un tel mot, c'est vrai, il serait difficile à Yvette, habitant Pépin les oies dans le nord de la France, bonne catholique, allant à l'église tous les dimanches et regardant comme tout bon français qui se respecte les journaux sur TF1, de penser que son fils, Kévin, devienne un jour cette racaille, que dis-je ! Ce détritus d'une société en proie à l'anarchie, un cyberdépendant.
Pourtant, pourtant, il arrive un jour alors, par, une quelconque force du hasard ou la bénédiction du bon dieu, que ce jeune profondément emmerdé par un monde sans espoir pour lui, et une famille trop intellectuellement limitée à son goût (il faut dire qu'avec la première chaîne, on ne reste pas intellectuellement illimité trop longtemps) découvre alors l'horreur ultime venue d'outre atlantique, Internet. Alors, quel malheur aujourd'hui, quel désastre pourrais bien nous attendre, nous, oui ! habitants de l'hexagone, toujours en proie à ces viles tentations venues de l'extérieur !? Pourtant, ne l'avons nous pas vu, aux émissions salvatrices du bien connu philanthrope Delarue, où les plus coquettes mères de notre beau pays venaient exhiber en public leurs fils insolents (et certes mal élevés) en proie à la « counter-strike attitude » ?
Ce même fils d'ailleurs qui pourrais bien être l'avenir du jeune Kévin, déjà en train de découvrir un monde tout autre que celui au dehors, où il n'y a plus de racket à l'école, et plus de 0/20 en dictée, où il peut s'ébahir tranquillement à écrire plus de foutaises et de blasphèmes orthographiques qu'il le veut. Souvenons nous alors de quelques retransmissions bienfaisantes menées de main de maître par certains journalistes peut-être plus consciencieux à l'audimat de leurs émissions qu'à l'avenir de l'humanité (mais passons) dont les afflux moralistes dignes des plus grands discours de notre bon vieux Labruyère accompagnaient avec brio les méandres insondables du précipice formé entre ces mères et leur enfant.
Invitant par la suite et avec une conscience toute occidentale quelques psychologues bien nommés, qui, par le biais de leurs saintes éruditions des grandes académies françaises (touche pas à mon diplôme) et de leur faciès tout avenant, leur longue chevelure blanche et leur barbe à la Gandalf nous donnerait presque envie de les avoir comme grand père, tellement ils sont beaux, puant la science et les mots savants que personne ne comprend. Sauf, bien sûr, quand ils s'adressent à l'adolescent, sachant bien sûr que le langage de ce dernier se limitant à quelques « nick ta mère » il ne pourra point répondre en se défendant davantage, devant telles attaques farouches de bons sentiments. Nous nous rappellerons avec nostalgie les fameuses phrases de l'abbé du petit Spirou « Ca me fait mal aussi, mais c'est pour ton bien ».
Ressorties ici avec beaucoup de brio et un peu de vaseline. Tel était le cas de ce cher Docteur Marc Valeur, chef de service à l'hôpital Marmottan de Paris, qui dans une sympathie et une joie toute printanière, nous allonge un discours sur la condition adolescente de la France et des angoisses incroyables de notre belle jeunesse. Chose tout à fait normale d'ailleurs quand, sa propre adolescence s'est déroulée il y a plus de cinquante années dans un monde où l'ordinateur n'existait pas encore. Il nous parle d'une réalité qui rend « anxieux » les jeunes adultes et les oblige à utiliser comme « exutoire » la réalité virtuelle.
Dans cette même émission n'avait-on pas réagi d'ailleurs, bondi même ! Devant le regard vitreux d'un jeune homme zombie (sans emploi !) en proie aux ondes les plus profondément méprisables de l'attrait d'un ordinateur, cruellement dépravé par un jeu vidéo, ultime horreur pervertissant la jeunesse, innocente et pure victime de cette machine démoniaque. Heureusement, de valeureux mécènes toujours à la recherche du bonheur d'autrui, de la protection de l'orphelin assaillit par tant de pulsions malsaines, se lèvent et dénoncent un tel programme ! C'est ainsi d'ailleurs que nous serons gratifiés à la suite du programme de l'intervention éclair du docteur Michael Stora (touche pas à mon diplôme 2) aidé par la télévision française, qui nous nous fera la sérieuse éloge de sa grave décision d'interner un adolescent victime de la perversion d'un autre univers fantastique. Nous ressentons alors tout le désespoir de ces quelques gardiens de la santé mentale de la jeunesse qui nous expliquent avec gravité et un sérieux tout académique l'importance d'un tel « fléau ».
Tout y passe, bien sûr, nous parlerons du célèbre MMORPG World of Warcraft, cruel coupable de la dépravation et de la perversion d'une jeunesse profondément innocente et incapable de se défendre dans la réalité, inconsciente de ce qui l'attend au travers de cette fenêtre ! Jouer tuerait-il alors ? Beaucoup en sont convaincus, si nous en croyons les dires des bienfaiteurs de l'humanité que sont aujourd'hui les journalistes de notre pays préféré, la plupart des joueurs sont donc des cas psychologiques, parfois graves, qu'il est impératif de remettre dans le droit chemin.
Il me revient alors les vagues souvenirs d'une même administration, toujours aidée derrière elle par la sainte morale du bienfait des jeunes, qui semblait aussi bien prompte à interdire le rock et la bande dessinée, ou même avant d'interdire la lecture aux jeunes. En effet, nous savons aujourd'hui que ces personnes aux intentions fort louables se trompaient bien évidemment, rien de tout cela ne pouvait pervertir les jeunes, aussi bien la musique que la lecture.
Nous même, concitoyens, sommes les produits de cette même culture, toutefois, les jeux en ligne, eux, pervertissent vraiment, nous en sommes sûr. En témoigne cet article frappeur, qui nous montre à quel point la France est en danger, je cite : « Début décembre, un homme de 38 ans mourait d'épuisement en Corée après avoir passé dix jours non-stop à jouer en ligne. Et depuis cet automne, ce sont deux joueurs français qui sont hospitalisés. Agés d'une vingtaine d'années, les jeunes gens n'arrivaient pas à décrocher du jeu en ligne World of Warcraft, en passe de devenir un véritable phénomène de société avec près de 5 millions d'adeptes dans le monde. »
On parlera de « fléau » d'après Saint PPDA, d'une « délinquance » (bien pire encore que de brûler des voitures !) oui, en effet, voyons la réalité en face chers concitoyens, aujourd'hui ce « phénomène étrange » cette « passion dangereuse » est un nouvel ennemi que trop peu encore connaissent ! Nous noterons aussi bien les mimiques inquiétantes de ce cher Patrick, ainsi le fait que déjà, oui déjà, deux victimes ont dû être hospitalisées ! (sur cinq millions !) ou une vingtaine de cas plus ou moins graves de non sociabilité ! (sur cinq millions également !) Alors, que nous restent-ils ? Comme seules défenses face à cette aversion de plus en plus présente. Certains magazines (qui trouvèrent d'ailleurs bon de louer les citations de ce cher docteur Valeur) préconisent avec grand sérieux des séances de thérapie de groupe. Citons d'ailleurs le remarquable effort de ces gentils bienfaiteurs, à supprimer sans garde la passion d'un joueur et de l'emmener gaiement batifoler avec des personnes qu'il ne connaît pas dans les profondeurs de la forêt (sait-on jamais qu'il y rencontre un elfe). Ode à l'alcoolisme anonyme, dans le but je cite « de guérir les cyberdépendants » sommes nous alors en proie à une véritable maladie de masse ?
Une sorte de refus incontestable et, bien sûr ! Sans aucune raison valable (c'est évident) de la réalité, cruelle réalité qui rend aujourd'hui plus anxieux les enfants qu'il y a vingt ans ? Faut-il alors penser que ce n'est pas la jeunesse qui a changé, mais peut-être le monde qui l'entoure ? Non ! Bien sûr, cela paraît plus évident à tout le monde que le jeune se trompe, et les fameux docteurs diplômés ne sont que les garants d'une génération qu'ils connaissent, bien sûr, par c½ur dans leurs livres. Je pense qu'aujourd'hui il serait important que la télévision française arrête de se foutre de la gueule du monde, ou du moins, de ses concitoyens, car il m'étonnerait guère, à l'ère où le coq n'est plus écouté par personne, que les quelques fabulations moralistes de l'hexagone touchent encore et toujours l'opinion terrestre (sauf peut-être l'Europe, et son héritage de quelques fabulations étranges qui en font parfois la risée des autres continents). Révélations troublantes sur la condition de l'adolescent, le jeux en ligne remplace aujourd'hui ce qui était Satan il y a plusieurs siècles, on le blâme et on brûle des sorcière, avant de finalement, comme on file à l'anglaise, ne pas avouer qu'on se trompe mais retourner sa veste avant qu'il ne soit trop tard.
Ô jeunesse dépravée affublée de tous les maux, pauvres purs enfants de la France, les « bons petits français » sont aujourd'hui en danger, on les montre, on les accuse comme des bêtes de foire de s'être fait avoir niaisement par le mal absolu qui ronge notre belle informatique. Afin de mieux appuyer d'ailleurs les preuves d'un tel acharnement de la jeunesse contre la réalité et la beauté d'une France parfaite et pleine d'espoir, notons aussi bien l'intervention de la sixième chaîne (comme quoi tout devient à la mode, et les réactions en «chaîne » se font de plus en plus rapides) dans une famille où la mère (déjà bien atteinte de surcroît) exhibe sans aucune méfiance à un psychologue sur vitaminé l'horreur asociale qu'est devenu son fils devant le jeux vidéo Dofus (belle ironie d'ailleurs quand on sait alors que cette même mère était elle aussi, cyberdépendante). L'émission rajoutant pour le spectacle quelques fameuses musiques rock histoire de rentrer plus en avant dans le monde du « jeune », telle l'île de la tentation on s'émeu devant la forte réaction droguée d'un jeune homme pas très futé quand son ordinateur lui est pris.
Il est vrai et je le conçois qu'une passion, telle qu'elle soit, est un passe temps qui, comme son nom l'indique, est réputé pour être le facteur d'une certaine activité antisociale comprenant en premier lieu une prise de temps considérable, toutefois, est 'il alors aussi dangereux de concevoir qu'une personne passant ses journées à lire ou à créer de toutes pièces des maquettes serait aussi dangereux et profondément gogol qu'un cyberdépendant dont le passe temps favoris est de s'ouvrir au monde sur un ordinateur ? Aujourd'hui la question se pose et pas seulement sur les chaînes française, quel véritable fléau est réellement le facteur de cette annihilation intellectuelle des jeunes. Est-ce, l'aspect pervers de la surviolence dans les mangas ? L'addiction à l'heroïc fantasy et la science fiction ? Ou tout simplement le sentiment de vivre dans le pays le plus a proprement parler sot de l'histoire ?
La pseudo tendance moraliste, nous le savons, fût de mise en Europe depuis bien des siècles et continue apparemment à se répercuter là où on l'attendait le moins, blâmant ainsi une fenêtre incroyable sur le monde, internet devient alors aux yeux de millions de téléspectateurs aussi bien imbécile et futile que les manifestations de milliers de b½ufs, beuglant le retrait de la réforme Fillon. On en oublie alors, et pour le bien des jeunes, qu'internet, si on sait y différencier la réalité de la fiction, est une véritable fenêtre sur le monde entier, sur d'autres personnages tout aussi sûrement intelligents et cultivés, sur l'échange mondial de fichiers afin d'engager une véritable montée culturelle et intellectuelle qui dépasserais toute l'imagination de ce cher docteur Valeur.
On fait aussi l'impasse sur les liens qui, au contraire de ce que beaucoup disent, peuvent être extrêmement forts, entre plusieurs individus, se rencontrant sur divers points de discussions internet, et même souvent les sentiments qui peuvent naître entre eux, on en oublie l'ouverture sociale incroyable qui peut se profiler à une personne utilisant parfaitement internet. Détruite est l'idée qu'une personne perdue, socialement parlant, pourrais trouver réconfort et adresse dans la rencontre d'autres personnes, sans aucune timidité apparente, afin de mieux s'en sortir dans une vie qui demande souvent plus de courage qu'il en faudrait. Jeune qui pourrait ainsi apprendre à s'exprimer dans une véritable communauté sans aucune discrimination ni sociale ni religieuse où le respect est une qualité qu'on ne retrouve nulle part ailleurs et, bien sûr, tout cela afin de mieux parfaire un audimat en faillite (les géraniums de Lucette ont lassé le public, dommage).
Sont effacés toutes preuves montrant alors qu'une telle passion peut tout aussi bien fermer qu'ouvrir toute personne à un nouveau monde, parfois bien plus attrayant, courtois (N'oublions pas que sur la plupart de ces jeux, un langage soutenu est de mise) et intéressant que celui qui nous entoure, je veux bien sûr parler de cette chère éducation nationale, garante de notre « éducation » qui semble plutôt tenter avec peine d'inculquer des notions dépassées à un tas informe de personnes endormies. Ou le monde du travail, ou quand on s'appelle Rachid, il est peu probable que l'on travaille dans l'immobilier. Il est sûr qu'au moins, quand ce cher Rachid ou le jeune Kevin se rencontrent alors respectivement « Dark-Angel » et « Morpheus » dans un MMORPG on est moins sûr de découvrir au sein de leurs discussions des insultes ségrégationnistes.

